L’essentiel de ce que Cyril DUPUY sait d’Aladar RACZ (aussi connu sous le nom d'Aladar RATZ) lui a été généreusement transmis par le neveu par alliance d’Aladar RACZ :
Guy BARBLAN, musicien, compositeur, directeur des écoles Psalmodia.
Par conséquent comme la majorité de l’information, qui se trouve sur ce site concernant Aladar RACZ, a été réunie par Guy BARBLAN, qu’il reçoive ici tout le respect, qui lui est dû pour son travail.
Aladar RACZ est né le 28 février 1886, troisième d’une famille pauvre de quatorze enfants. La mère d’Aladar RACZ vendait des plumes au marché. Son père exerçait son activité de musicien tzigane dans le petit ensemble de son village. Ce, dans le contexte habituel d’Europe Centrale (Hongrie, Roumanie, Serbie…), où toute communauté villageoise, charge ses musiciens tziganes d’animer ses fêtes comme sa vie quotidienne. Le père d’Aladar RACZ construisit un tout petit cymbalum pour son fils. Dès qu’Aladar a atteint l’âge de trois et demi, il lui a appris à jouer dessus et lui a enseigné quotidiennement la musique d’oreille. Très tôt, exhibé ici et là, le jeune Aladar a eu envie d’exercer le métier de cymbaliste.
A dix ans, Aladar RACZ est parti à Budapest pour s’y perfectionner en cymbalum. Faute d’avoir les moyens financiers pour se payer des professeurs, Aladar a poursuivi sa formation simplement en regardant jouer les musiciens professionnels. Calme, timide, renfermé, Aladar, fut probablement effrayé par la grande ville. Contraint d’y gagner son pain, il a dû s’y habituer. Il a trouvé un restaurant, où jouer en échange de repas. A l’âge de quinze ans, il a obtenu son premier emploi de cymbaliste correctement rémunéré. A vingt-quatre ans, Aladar RACZ a été engagé dans un ensemble tzigane hongrois réputé avec lequel il est parti jouer à Paris, puis en tournée en France, en Espagne et jusqu’en Egypte. Au Caire, SAINT-SAËNS l’écouta et l’appela : Le « Liszt du cymbalum ».
En 1914, Aladar RACZ s’est rendu à Genève, y ayant décroché un emploi de cymbaliste. Là-dessus la première guerre mondiale éclata. Aladar RACZ a réussi à rester en Suisse. Tout en y exerçant son emploi de musicien de cabaret, il s’est alors intensément instruit en autodidacte. Il a étudié le français, a lu des autobiographies de musiciens, des livres d’histoire de la musique, de recherches sur les Tziganes, de sociologie. Surtout, il s’est appliqué durant des années à assimiler le solfège, à déchiffrer des partitions classiques, à approfondir l’harmonie, à écrire des transcriptions. Ainsi il a découvert COUPERIN, RAMEAU, BACH, SCARLATTI… qu’il s’est mis à jouer au cymbalum ! Ayant appris lui-même à écrire la musique, il a pu mettre sur papier l’une ou l’autre de ses propres compositions. Ainsi « Caprice tzigane » qui figure ci-dessous :
Fort d’une grande virtuosité acquise en interprétant le répertoire tzigane, Aladar RACZ, a assimilé avec aisance bon nombre de partitions classiques. Il s’est forgé ainsi un répertoire pour cymbalum remontant jusqu’au baroque. (Notons que le baroque n’était pas du tout à la mode à l’époque où RACZ s’y est vivement intéressé). Comme il souhaitait jouer le mieux possible ces œuvres nouvelles pour lui, il s’est confectionné d’autres baguettes, il a ajouté une pédale pour pouvoir étouffer également les sonorités les plus aiguës. Il a renoncé à la séduction virtuose des trémolos. Ses démarches musicales étaient tout à fait contraires à celle des disciples d’ALLAGA et aux élèves de ces derniers, qui continuaient fidèlement à jouer de la musique traditionnelle plus quelques transcriptions de musique classique.
Pourtant Aladar RACZ n’a pas délibérément cherché à révolutionner la manière de jouer du cymbalum. Aladar RACZ a simplement suivi sa bonne étoile, qui l’a, entre autres, amené à croiser la route de STRAVINSKY. La recherche par le compositeur moderne de sonorités nouvelles pour l’instrument (certains diraient l’irrespect de STRAVINSKY pour la manière traditionnelle de faire sonner le cymbalum), ne bloqua absolument pas la souplesse et la liberté innées du tzigane qu’est Aladar RACZ. Innocemment, il a introduit l’instrument dans la musique contemporaine. Et c’est ce qui a complètement bouleversé l’histoire du cymbalum !
Aladar RACZ s’est également lié avec Zoltan KODALY. Il a joué la partie cymbalum de ‘’Hary Janos’’ sous la direction d’ANSERMET. En 1934 il devient l’ami de Béla BARTOK. Ce dernier laissa toute liberté à Aladar de changer les tempis dans la partie cymbalum de sa « première rapsodie pour violon et orchestre ». Les programmes de concert personnels d’Aladar RACZ comportaient du baroque, du contemporain et quelques improvisations tziganes.
Le 28 mars 1958 Aladar RACZ est décédé en Hongrie, ayant auprès de lui sa fidèle épouse et admiratrice, la violoniste et pianiste suisse Yvonne BARBLAN. La presse l’annonça et des émissions radiophoniques retracèrent sa vie. Mais lui, selon son désir, fut enterré comme il avait vécu : discrètement.
En 1938, Aladar RACZ a eu l’opportunité d’ouvrir la chaire de cymbalum de l’académie de musique à Budapest. Il a eu beaucoup de mal à y faire admettre ses changements dans la pratique du cymbalum. Il y fût même totalement incompris tant par le tzigane CSITTI, reconnu à l’époque comme le meilleur cymbaliste de Hongrie, que par Gyuri CZIFFRA, professeur de cymbalum très réputé de Budapest ou encore par Monsieur DOHNANYI, son directeur à l’académie de musique.
Il aurait abandonné l’enseignement du cymbalum, s’il n’avait eu les encouragements de BARTOK et de Ditta, l’épouse de celui-ci, auxquels Aladar RACZ confia son désarroi. Heureusement ils ont réussi à le convaincre de persister dans ses voies propres ! Grâce à quoi des jeunes cymbalistes, disposés à marcher hors des sentiers battus, ont pu bénéficier de son expérience et suivre ses recommandations. Aladar RACZ compta parmi ses meilleurs élèves Josef SZALAY, Zoth ELEK et Ferenc GERENCSER. Ce dernier lui succéda en tant qu’enseignant à l’académie. Ferenc GERENCSER a écrit des méthodes selon l’enseignement, qu’il a reçu de RACZ.
Dans son mémoire des pages 76 à 81, Guy BARBLAN, rapporte son interview avec le cymbaliste professionnel et enseignant réputé de l’instrument Ferenc GERENCSER, disciple de RACZ. Par sa lecture on découvre que RACZ basait l’essentiel de son enseignement sur les six sonates pour violon de J.S. BACH, ne se servait pas d’une méthode écrite, mais enseignait en fonction des difficultés rencontrées par chacun de ses élèves, auxquels il inventait des exercices au fur et à mesure de leurs progression et de leurs possibilités.
L’attachement d’Aladar RACZ pour les œuvres de BACH est assez singulier. Se sentait-il instinctivement des affinités avec lui ? Selon Yehudi MENUHIN, le célèbre violoncelliste Pablo CASALS était profondément convaincu que le Cantor J.S. BACH était d’origine tzigane. Yehudi MENUHIN écrivit : « De ce fait Pablo CASALS jouait les préludes de BACH de façon à vous persuader que c’était bien un accompagnement de cymbalum. Pablo CASALS faisait les modulations, que BACH avait, à son avis, pensé en écrivant sa musique. Pablo CASALS était frappé par le climat improvisé et la vitalité rythmique de certaines partitas et adagios de J.S. BACH, en particulier de l’accentuation des contretemps. PabLo CASALS estimait que cela avait tout le nerf de la musique ‘’hongroise’’ »… Il n’y a pas forcément lieu d’être d’accord avec Pablo CASALS, mais les convictions d’un tel musicien ne sont certainement pas à traiter à la légère.
Vous pouvez avoir plus d'information sur le site BALVALSuivent deux copies programmes de concerts d’Aladar RACZ :