Renouveau du cymbalum

Très certainement bien des facteurs anonymes ont œuvré à l’amélioration de l’instrument. Mais c’est aux environs de 1870 que le cymbalum actuel est définitivement conçu à Budapest par Venczel Jozsef SCHUNDA, d’origine tchèque. Dès la première exposition universelle de Paris de 1874, il le fait découvrir au monde entier. En 1906 le dix millième cymbalum sort de sa fabrique et on en trouve quatre-vingt-deux en France! Il est certain qu’avant que ne tombe le rideau de fer après la dernière guerre mondiale, les échanges culturels entre la France et les pays de l’Est étaient plus intenses. Il faut espérer que la nouvelle ère d’une Europe, élargie aux pays de l’Est, va permettre de bénéfiques partages.

La tradition rapporte que ce serait sous l’impulsion de Ferenc LISZT, alors président de la toute nouvelle Académie de Musique de Pest, que Venczel Jozsef SCHUNDA a grandement amélioré le ‘’zimbala’’.

gravure compositeurs

Le document ci-dessus présente Ferenc LISZT, le bras gauche appuyé sur l’instrument. Juste derrière lui, le concepteur de l’instrument : Venczel Jozsef SCHUNDA. Au centre, baguettes aux mains : le cymbaliste tzigane Pal PINTER (1848-1916).

Pal PINTER enseignait la pratique instrumentale aux enfants de l’archiduc FRANÇOIS JOSEPH à la Cour duquel n’étaient admis, selon le musicologue Alain ANTONIETTO (voir sources), que des musiciens possédant la langue tzigane ! Pal PINTER était connu pour jouer avec une grande maîtrise BEETHOVEN et SCHUBERT. Le cymbaliste Pal PINTER eut aussi l’honneur de jouer devant le tsar en 1886. A l’extrême droite se tient le cymbaliste hongrois Sandor ERKEL. Devant lui, son frère, le célèbre compositeur, pianiste et chef d’orchestre hongrois : Ferenc ERKEL

Cymbalum SchundaLe cymbalum de V.J.SCHUNDA ( 1845 Dubec - 1923 Budapest) est assez abouti pour n’avoir subi aucun changement majeur depuis. Au milieu du XX°siècle, Lajos BOHAC, qui a pris la succession de V.J. SCHUNDA, lui a ajouté quelques notes aiguës et graves. Les cymbalums portent des chiffres, selon lesquels les luthiers avertis peuvent précisément retrouver l’époque de leur conception. Le cymbalum est devenu un instrument suffisamment performant pour qu’une véritable école de jeu cymbalistique et un répertoire spécifique s’y attachent.

Depuis Venczel Jozsef SCHUNDA le cymbalum est également doté d’une lyre et muni d’une pédale à étouffoirs, élément primordial, qui manquait au « Pantaleon » de Pantaleon HEBESTREIT. Le cymbalum actuel diffère de celui d’avant 1870 par plusieurs éléments : les dimensions, la construction, le registre et le timbre.

C’est Zoltan KODALY qui a inventé l’expression : ‘’cymbalum hungarese’’ (cymbalum hongrois). Elle a figuré pour la première fois en 1926 sur le programme de son opéra Hary Janos et, depuis, est entrée dans l’usage courant.

Les nouvelles possibilités du cymbalum

Certes Antonio VIVALDI, Christoph Willibald GLUCK, Léopold MOZART… ont composé pour l’ancêtre du cymbalum d’aujourd’hui. Certes le cymbalum a été joué avec grand succès à la cour de Louis XIV à Versailles. Mais il se contenterait probablement d’animer des fêtes populaires comme il le fait encore actuellement dans les pays alpins et balkaniques, si, en 1870, le facteur Venczel Jozsef SCHUNDA ne l’avait pourvu des éléments nécessaires pour devenir l’instrument, qui sonne désormais dans les plus grandes salles de concert du monde.

Enthousiasmé par le cymbalum de V.J.SCHUNDA, le cymbaliste et compositeur hongrois Géza ALLAGA a donné, à la fin du XIX° siècle, les bases de son enseignement et contribué à sa large expansion. Ainsi du Romantisme à nos jours le cymbalum a été servi par des instrumentistes fabuleux, qui ont développé un répertoire très varié grâce à des compositeurs, qui ont su exploiter les saveurs du cymbalum. Les uns, (Ferenc LISZT, Zoltan KODALY…) l’ont choisi pour teinter leurs œuvres de couleurs folkloriques. Les autres, succédant à Igor STRAVINSKY, l’ont utilisé comme n’importe quel instrument de l’orchestre.

Son rayonnement actuel

Actuellement, c’est surtout dans les pays de l’Est de l’Europe que des facteurs de cymbalums cherchent inlassablement à améliorer l’instrument, à le rendre plus facilement transportable, à faire progresser sa sonorité. Ci-joint l’adresse électronique de l’un d’eux à Budapest :
e-mail du facteur Opera Zongoraterem

Et la possibilité de visiter leur site Web

En Hongrie il y a également le facteur de cymbalums Bela SOMSAK
Bien entendu, bien d’autres pourraient être mentionnés.

Il y a aussi des constructeurs de cymbalums ailleurs dans le monde, comme aux Etats-Unis par exemple, du fait de l’émigration juive et tzigane. On s’en rend compte en consultant le site de Alex UDVARY

Ou bien en écrivant directement au facteur de cymbalums Jozef JANKOWSKI, soit par courrier postal à 57 Faahs Drive, Orchard Park, NY USA 14 127, soit par courrier électronique : bernard@pbworld.com

Cymbalum de concertEn France, après des années de recherches et un louable souci d’amplitude et de justesse sonore, le facteur d’instruments, Arnaud PATIN, (encore mentionné dans ce site) a présenté, en 1993, à Musicora, un grand cymbalum de concert. Il a, depuis, émigré aux Etats-Unis.

Même si certains cantonneraient le cymbalum dans la musique austro-hongroise ou penseraient ne le trouver qu’en cabaret, il est également à l’honneur en d’autres lieux et répertoires. Non seulement le cymbalum a un riche passé mais il intéresse des compositeurs d’aujourd’hui.

« Continuer dans une seule et même voie, c'est aller à reculons » écrit Igor STRAVINSKY dans son livre ‘’Conversations’’. Ce n’est très certainement pas ce que fait le cymbalum. S’il sert toujours le répertoire tzigane, il musarde aussi dans le jazz, et séduit les compositeurs actuels. Le cymbalum convient aux musiques classiques et avance sans hésitations sur les voies nouvelles de la musique actuelle.

La liste des compositeurs et des manifestations musicales donnée dans ce site indique clairement que le cymbalum intéresse les compositeurs et est présent à bien des festivals de musique à travers le monde d’aujourd’hui.

Son potentiel de développement

L’introduction du cymbalum dans la musique « savante » au cours des deux siècles écoulés fait le bonheur des mélomanes et sa générosité en sons, timbres, rythmes et couleurs, n’est pas épuisée.

Le cymbalum évolué d’aujourd’hui permet, s’il est bien interprété, des nuances et de trilles inaccessibles au piano, dont il a toute la richesse des timbres. Le piano, qui est d’une certaine manière un cymbalum mécanisé, même s’il est mis en fonctionnement par le meilleur des virtuoses, ne peut entrer en concurrence avec les possibilités rythmiques d’un cymbalum joué par un instrumentiste de haut niveau.

Il ne faut pas accuser l’instrument de n’avoir qu’une justesse approximative. Tout comme un piano de concert, il peut sonner avec une grande justesse pourvu que le temps nécessaire soit consacré à son accordage et que l’instrument ne soit ni malmené, ni exposé aux intempéries.

La difficulté de l’accordage surmontée, l’instrument traité avec respect, il n’y a aucune raison pour que le cymbalum, qui fait l’admiration du public, ne conquiert pas la place qu’il mérite. L’époque actuelle, avec sa recherche de sonorités, timbres etc.… trouve dans le CYMBALUM la liberté et l’envoûtement d’un instrument aux multiples acquis et riche d’un potentiel encore inexploité.