Ba Banga et Cyril Dupuy à Juventus 2002
Programme : musiques européennes et africaines
Dans le quotidien, Ba BANGA s’appelle Paul Junior NYECK.
On peut le contacter par e-mail
Ou par téléphone : 00 225 05 94 06 50
Début juillet 2005 Ba Banga a gagné le premier prix du concours panafricain « triangle du balafon », qui a eu lieu à Sikasso au Mali. Ce concours fameux s’est déroulé en plusieurs étapes. A l’avant dernière le Burkina Faso, le Mali et la Côte d’Ivoire restaient en ligne. Dans le climat de tensions inter ethniques ravageant l’Afrique actuelle, Ba Banga, un camerounais résidant à Abidjan, en Côte d’Ivoire, a pu hisser bien haut le drapeau ivoirien en décrochant la première place. Ainsi en plus d’une victoire au sommet de l’art musical, ce prix remporté par Ba Banga, représente une victoire sur les esprits de division et de querelle. C’est aussi une autre victoire car ce concours a couronné le tout nouveau et unique balafon chromatique, construit spécialement pour Ba Banga, sur son désir de pouvoir introduire son instrument dans les répertoires de toutes les régions du Continent africain comme dans le répertoire européen : un instrument fédérateur, un instrument de paix !
Ba Banga et Cyril Dupuy au festival Juventus 2002
Né en 1968 à Ebolowa au Cameroun, Ba BANGA est actif au « Village Ki-Yi » d’Abidjan, une fondation musicale de renommée internationale. Membre de la Sacem, il est arrangeur, auteur, compositeur, chanteur, conteur. Il joue du clavier, du balafon et des percussions. S’étant fait construire un balafon chromatique, il a pour ambition d’introduire cet instrument outre dans les musiques africaines mais aussi occidentales de tous les genres. Après plusieurs tournées aux Etats-Unis, en France, en Belgique et en Italie, il a résidé un temps à Strasbourg, où il a travaillé à un mémoire sur le balafon à l’université. Depuis fin 2001 il collabore musicalement avec Cyril DUPUY. Sous l’impulsion de ce dernier Ba BANGA a développé de nouvelles frappes du balafon et se sert notamment de quatre baguettes, alors que les balafonistes ne jouent habituellement qu’au moyen de deux. Ba BANGA est très désireux de donner du succès à son instrument. En cela il est très proche de Cyril DUPUY, qui a tellement envie de faire mieux connaître et apprécier le cymbalum.
Christophe GIOVANINETTI, professeur de musique de chambre au conservatoire supérieur de Paris, membre du quatuor Ysaïe de 1985 à 1995, du quatuor Elysée à présent, a fait le 21 mai 2002 l’attestation suivante :
« J’ai eu le plaisir d’entendre Cyril DUPUY et Ba BANGA en concert. Ils savent magnifiquement allier virtuosité et musicalité, concentration et déconcentration, et leur répertoire varié (qui va de musiques inspirées de l’art populaire à la musique contemporaine la plus pointue) est souvent teinté d’humour. Les sonorités exotiques du cymbalum et du balafon chromatique sont d’une grande beauté. Je leur souhaite à tous deux une très belle carrière. »
Détlef KIEFFER (1944 -), chef d’orchestre et compositeur français, professeur au C.N.R. de Strasbourg a fait l’honneur d’écrire et de dédicacer à Ba BANGA et Cyril DUPUY un duo pour cymbalum et balafon chromatique intitulé « Ornamenti » (4’). C’est la toute première œuvre jamais écrite pour balafon en musique contemporaine assurément, et peut-être même en général.
Le fameux compositeur hongrois de renommée internationale György KURTAG (1926 -), n’a pas hésité à autoriser Ba BANGA à arranger et à jouer en public, au balafon chromatique, avec Cyril DUPUY au cymbalum, une de ses œuvres, « 13 duos pour deux cimbaloms de "Játekok" », ce qui témoigne de son respect pour les instrumentistes.
Le pianiste et compositeur africain Ray LEMA (1946-), de notoriété mondiale, a permis l’arrangement pour cymbalum et balafon chromatique d’une de ses œuvres pour orchestre très connue « Le Rêve de la gazelle ». Ray LEMA suit le cheminement musical de Cyril DUPUY et Ba BANGA de très près, que ce soit pour les musiques africaines comme pour celles d’Europe. On peut dire sans exagération qu’il est un de leurs fans !
Il en est de même pour David STEINQUEST (1957 -) « Danse et Improvisation », Flora THALASSA (1968 -) « Egyptiens d’Oach », qui ont aussi donné leur feu vert pour arranger leurs œuvres pour balafon chromatique et cymbalum.
Georges GARA, conseiller musical chargé de la programmation classique au Théâtre de la Ville à Paris, directeur artistique du festival JUVENTUS, n’a pas hésité à inviter à déjà trois reprises, Cyril DUPUY et Ba BANGA à se produire à Cambrai, où le public a accueilli très favorablement les deux artistes.
Les Facteurs de balafon Yusuf et Siriki KEITA sont joignables par e-mail
Nouveau-né des xylophones africains, le balafon chromatique se présente comme un instrument s’adaptant à la culture panafricaine et à son temps, dans un besoin d’ouverture vers l’extérieur et de synthèse quant à la conservation des différentes traditions africaines tout en s’ouvrant aux conditions et aux normes universelles de la musique.
Si son mode chromatique lui permet de jouer les musiques européennes du passé comme du présent, il lui confère aussi les douze demi-tons conventionnels, qui permettent de répertorier aisément les modes de certains instruments appartenant respectivement au grand groupe Mandingue, Akan d’Afrique de l’Ouest, Béti, voire Bantou d’Afrique Centrale et Australe.
C’est ainsi que du « djomlo » au balafon pentatoniques en passant par les diatoniques, cette plate-forme prend progressivement corps à quelques intonations près, c’est–à-dire sous réserve de l’extension ou de l’existence de quarts, voire de huitièmes de tons présents sur certains balafons ethniques.
Donc, de manière approximative, cet instrument tout juste nouveau-né, semble s’ériger en tant que représentant des autres balafons ethniques, considèrant ses possibilités plus étendues. Cette démarche pourrait donner aux jeunes générations de balfonistes traditionnels l’opportunité de communiquer avec ceux d’autres tribus, en épousant tout simplement leurs modes respectifs, sans avoir à changer d’instrument.
Nous pouvons constater dès à présent, en nous basant sur le parcours et les perspectives de cet instrument, que ses possibilités générales d’adaptation aux genres africains et même occidentaux, lui ouvrent une grande porte de création d’un nouveau langage, d’une nouvelle reconsidération des connaissances jusqu’alors acquises des xylophones africains.
Telle une langue commerciale ou plutôt culturelle, le balafon chromatique peut permettre aux générations futures de balfonistes de s’ouvrir, tout en restant eux-mêmes, aux autres horizons dans l’utilisation d’une expression hybride et dans une certaine mesure standard.
Cette nouvelle façon, est certes loin de satisfaire les puristes et les conservateurs des genres purement ancestraux. Elle correspond pourtant aux attentes du balafoniste claveriste professionnel auteur, compositeur et membre de la S.A.C.E.M. qu’est Ba BANGA. En dépit du respect profond de ses valeurs ancestrales, Ba BANGA a besoin de hisser son art dans le système d’échange culturel mondial actuel.
Le balafon chromatique est un xylophone africain comportant sur plusieurs octaves les douze demi-tons Do, Do dièse, Ré, Ré dièse, Mi, Fa, Fa dièse, Sol, Sol dièse, La, La dièse, Si. Il peut être considéré comme le centre d’un triangle dont les points extrêmes sont : le balafon, qui est bien sûr africain, le marimba, qui s’est beaucoup développé en Amérique Centrale et, d’autre part, le vibraphone, qui est une extrapolation du carillon à lames d’acier et qui s’est beaucoup développé en Europe.
Actuellement le plus grand balafon chromatique est celui que possède Ba BANGA. Il a exactement la même tessiture que le vibraphone à trois octaves du fa2 au fa5. Il existe des balafons chromatiques, qui vont du Do au Do, mais à seulement deux octaves.
Le balafon chromatique de Ba BANGA est constitué de trente sept lamelles de bois dur et bien sec. La plus grande d’entre elles mesure quarante cinq centimètres de long et cinq virgule cinq centimètres de large. La plus petite d’entre elles ne mesure que vingt quatre centimètres de long sur trois virgule cinq centimètre de large. Ces lamelles sont placées horizontalement, côte à côte, sur un large support en bois et disposées de manière à ce qu’elles se distinguent comme les touches du piano, où les noires se différencient nettement des blanches.
Ces lamelles sont frappées à l’aide d’au moins deux baguettes en bois, sinon quatre et plus, ayant chacune l’une de ses extrémités recouvertes de caoutchouc. Chaque lamelle possède son propre résonateur constitué soit d’une calebasse sphérique, soit d’une courge allongée selon la volonté, les goûts et les exigences aussi bien de son utilisateur que de son fabricant, qui ne le réalise que sur commande.
Les calebasses sont suspendues très près de leurs lames respectives, en leur milieu de préférence et sont disposées en lignes brisées les unes après les autres, des plus grosses aux plus petites, aussi bien en dessous des notes du bas, dites « blanches », que de celles du haut, dites « noires » même si la couleur du bois utilisé pour leur fabrication ne diffère pas.
Pouvant s’adapter à tous les folklores tant africains que d’Amérique ou d’Europe, la musique pour balafon chromatique peut s’écrire en clef de sol, à l’octave réelle (sans transposition). On peut parfaitement l’utiliser dans les genres les plus spontanés tels les musiques de variétés ou de jazz. Il est à présent admis en musique de chambre dans le genre contemporain.
En règle générale tous les balafons habituels africains sont accordés selon les modes de chant tous différents des innombrables tribus auxquelles ils appartiennent. Implicitement, l’accordage de chacun des balafons respectifs à chaque tribu lui est propre, et, force est donc de constater qu’il ne peut correspondre aux attentes d’autres tribus, pas même de celle d’une tribu voisine proche !
Le balafon chromatique est tout autre. Il n’est pas limité au répertoire d’un seul village. S’il a la capacité de s’adapter aux répertoires du continent européen et d’autres, en Afrique même il est tout aussi étonnant. Comme il peut entrer dans une très large variété de tonalités africaines, il est apte à communiquer musicalement avec la plupart ! Quand ici et là s’allument des fièvres de guerres ethniques, le balafon chromatique peut être considéré comme un instrument fédérateur de paix pour l’Afrique.
Ba Banga à Juventus 2002
En Afrique, en général, la musique est l’expression sonore de toute activité. Des travailleurs aux champs aux mères chantant des berceuses à leurs enfants, des vendeuses du marché, des pleureuses lors de funérailles aux faiseurs de lessive aux adorateurs en prière et louanges, de l’aube aux festivités nocturnes ; partout, la musique et le mouvement sont présents. Spontanéité, qui devient l’art de célébrer le travail, les joies et de supporter les peines.. La pratique de la transmission de ces musiques de génération en génération a induit des savoirs faire spécifiques dans l’intention d’aider les mémoires à les retenir.
Un autre volet du caractère de la musique traditionnelle africaine est sa liaison étroite avec la parole. Les accompagnements musicaux des chants renforcent simplement leur illustration. La musique, dans son expression purement instrumentale, est considérée comme parole. Le langage parlé étant fait de sons et de mots rythmés et articulés, les instruments dans ce même élan se font rythmes, respirations ou silences, Les débits contrôlés de sons plus ou moins nuancés et accentués, peuvent assurer le rôle de transmetteur de message, message le plus souvent adressés aux initiés ou aux êtres subtils selon les croyances occultes.
Toutes les grandes catégories d’instruments sont représentées en Afrique. Nous y trouvons des cordophones, des membranophones, des aérophones et des idiophones.
Le cymbalum et le balafon lors d'une répétition à Strasbourg en 2002
En Afrique, appartiennent à cette catégorie, des instruments tels que : l’arc musical à une seule corde, qui ressemble étrangement à l’arc destiné à lancer des flèches. Il existe des arcs sonores et aussi des arcs munis de résonateurs en calebasse.
Les harpes, dont l’origine date des temps de l’Egypte pharaonique, mais qui, aujourd’hui, sont présentes un peu partout sur le continent africain, différentes les unes des autres par leurs dimensions, leur esthétique, leur nombre de cordes.
Des luths, des vièles, des harpes-cithares, dont le plus connu est le mvet, utilisé par des conteurs chez les Fangs du Gabon et aussi des harpes-luths, dont la plus représentative est la kora, très utilisées en Afrique de l’Ouest. Il y en aurait bien d’autres à énumérer. Chacun des instruments cité ci-dessus ayant des dérivés, quant aux matériaux de fabrication par régions et quant au goût et à la créativité de ses facteurs.
Dans cette catégorie on trouve en Afrique des instruments frappés à mains nues, dont la forme et les matériaux de fabrication varient d’une région à l’autre : la derbouka originaire du Magreb, le kollou, très utilisé autour du Lac Tchad, le djembe (3’) venant d’Afrique de l’Ouest, et bien d’autres encore.
Il existe également des tambours de formes diverses, frappés à l’aide de baguettes comme les « attoungblans », tambours de bois verticaux en cylindre allongé, qu’on trouve en Côte d’Ivoire ou ceux utilisés dans des formations ou groupes ethniques célèbres tels que les « TAMBOURS DE BRAZZA» ou les « TAMBOURS DU BURUNDI », pour ne faire état que de ceux-là.
Sur le continent africain ils sont représentés par le rhombe, une plaquette tournoyante mettant en vibration l’air ambiant et qui a le plus souvent un caractère sacré. On trouve également une kyrielle de flûtes comme par exemple chez les Haoussas et des peuples voisins au Nigeria, Niger, Tchad, Cameroun. Il existe des cornes d’antilopes, percées d’un ou de plusieurs trous, de formes très variées, jouant le rôle d’instrument à vent dans les cérémonies traditionnelles. On trouve aussi des trompes en bois, en ivoire ou en corne. Nous pouvons aussi signaler des sortes de clarinettes, nommées « flûtes de berger ». Au Sahara libyen celles-ci peuvent être doubles et sont alors appelées magrounas.
On nomme ainsi tout instrument de musique, dont le matériau peut entrer en vibration. L’émission du son peut être produite par entrechoquement comme c’est le cas des claquettes, par percussion à l’aide d’un corps étranger, par pincement, par friction ou par l’action d’un courant d’air. Dans cette catégorie on trouve les tambours à fentes, dont les parois comportent une ou plusieurs fentes et, bien entendu les balafons.
Le balafon est un instrument de musique africain. Il comprend trois parties : un châssis trapézoïdal sur lequel sont alignées des lames de bois constituant les notes et sous lequel sont agencées des calebasses de tailles différentes constituant le système d’amplification des sons (caisse de résonance)…
C’est un magnifique cadre trapézoïdal fabriqué avec des bâtons de bois ficelés par des cordes en peaux de chèvres.
Elles sont taillées dans un bois particulièrement dur appelé « gouené-yori » en langue bambara, « noinca » en langue moré, « koyéhoun » en langeu bwaba et « kpéné » en langue samo.
De tailles diverses, cuites au four, selon des secrets jalousement gardés, afin d’émettre des sons très purs et très mélodieux, ces fameuses lames sont fixées les unes à côté des autres sur le châssis de manière à ce qu’elles ne se touchent pas. Si tel n’était pas le cas, les sons produits au moment de leur frappe seraient altérés. Il faut donc un espacement ni trop large, ni trop serré entre elles. Le cordon d’attache des lames du balafon est en peau de biche, une peau exceptionnellement résistante, ou, éventuellement, en peau de chèvre.
Dans un balafon pentatonique comme dans un balafon heptatonique il n’est pas d’usage de trouver deux lames de même longueur car cela romprait l’harmonie de la belle forme trapézoïdale de l’instrument. Les balafons de 21 notes sont les plus courants, mais on peut en trouver de 22 ou même 23 notes. Cela dépend du savoir-faire du fabricant.
Creuses, elles servent de caisses de résonance. Leurs volumes correspondent à leurs notes. Il y a des trous dans chaque calebasse sur lesquels étaient collées des toiles d’araignées ou des ailes de chauves souris. Aujourd’hui, c’est le plus souvent du papier à cigarettes qui est utilisé à cet effet. Ces membranes grésillent avec la résonance. Cette sonorité particulière est appelée : l’effet mirliton…
Le mot français ‘’balafon’’ est impropre car il ne désigne pas l’instrument, mais plutôt l’action de jouer de cet instrument là. En effet ‘’balafon’’ vient de la langue bambara. ‘’balan’’ qui désigne l’instrument et ‘’fö’’, qui veut dire jouer.
Le balafon est un ancien instrument employé jadis essentiellement par les guérisseurs africains. Aujourd’hui il est bien rare qu’il soit destiné à cet usage là. Il sert plutôt aux divertissements. Ce sont principalement des musiciens professionnels qui en jouent ; très rarement des amateurs. Ils le magnifient lors de fêtes, de danses.
La balafon fait partie des idiophones car ses sons sont produits par le matériau dans lequel il est fabriqué et non par l’utilisation de cordes ou d’une peau tendue. Il ressemble énormément au xylophone, à la différence que sous ses planchettes de bois de petites calebasses servent de caisses de résonance, qui lui confèrent un son très doux. Il se joue de la même manière que le xylophone au moyen de deux petits bâtons en bois ayant, fixé à l’une de leurs extrémités, un revêtement de très fines bandelettes de caoutchouc.
Il est intéressant de considérer la grande diversité des sortes de balafons ainsi que l’infinité des nuances de leurs factures et construction de part et d’autre de l’Afrique subsaharienne.